2007-05-13

Haiti ve Venezüela

Haïti : le président René Préval pris entre Washington et Caracas
LE MONDE | 11.05.07 | 14h16 • Mis à jour le 11.05.07 | 14h16
PORT-AU-PRINCE ENVOYÉ SPÉCIAL


Après avoir assisté au sommet de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) à l'invitation du président vénézuélien, Hugo Chavez, le chef de l'Etat haïtien, René Préval, a été reçu à la Maison Blanche par George Bush, le mardi 8 mai.

D'un naturel réservé, fuyant les micros et les caméras, le président haïtien navigue avec pragmatisme sur la scène diplomatique latino-américaine, agitée par le conflit opposant Washington et Caracas. "Haïti choisit ses partenaires en fonction des seuls intérêts du pays", a souligné M. Préval, peu avant de s'envoler vers Washington. Il a rappelé que les Etats-Unis restaient de loin le principal client du pétrole vénézuélien.


"Je vous remercie d'exercer l'une des tâches les plus difficiles au monde", a dit le président Bush en l'accueillant dans le bureau Ovale. Il s'est félicité des progrès réalisés depuis quelques mois en matière de sécurité et a renouvelé l'appui des Etats-Unis à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah).
Depuis la fin du mois de décembre 2006, les casques bleus et la police haïtienne ont lancé une série d'opérations contre les gangs retranchés dans les bidonvilles, qui ont permis de réduire notablement les assassinats et les kidnappings. M. Bush a salué l'amélioration de la situation économique et les efforts des autorités "pour instaurer un Etat de droit et lutter contre la corruption".
Selon un haut fonctionnaire américain cité par le Miami Herald, le président Bush "a gentiment réprimandé" son homologue haïtien à propos de son amitié croissante avec Hugo Chavez, soulignant que les Etats-Unis respectaient, eux, leurs promesses, et restaient le plus important bailleur de fonds d'Haïti.

LE FLÉAU DE LA DROGUE

M. Préval a remercié le président Bush d'avoir fait voter la loi de préférences commerciales Hope, qui devrait faciliter le redémarrage de l'industrie textile haïtienne. Il a appelé les investisseurs américains à revenir à Haïti et annoncé une grande campagne contre la corruption, la contrebande "et ce fléau qui s'appelle la drogue".
A l'origine d'un sommet régional antidrogue qui s'est tenu en mars à Saint-Domingue, M. Préval a souligné que les narcotrafiquants représentaient "une puissance contre laquelle Haïti ne peut se battre seule". "Par la corruption de la justice, de la police, de l'exécutif, les trafiquants de drogue investissent dans l'instabilité pour pouvoir fonctionner", a expliqué le chef de l'Etat haïtien.
Alors qu'un nouveau drame de l'immigration clandestine a provoqué la mort d'une soixantaine de boat people haïtiens à proximité des îles Turks and Caicos, le 4 mai, le président Préval a plaidé en faveur de ses compatriotes résidant illégalement aux Etats-Unis. "Je travaille dur pour faire adopter une loi globale sur l'immigration par le Congrès cette année", lui a répondu M. Bush.
Lors du sommet de l'ALBA, fin avril à Barquisimeto (Venezuela), M. Préval a obtenu une aide importante du président Chavez. Il s'est vu promettre "la fourniture de 100 % des besoins énergétiques" d'Haïti. Le Venezuela a promis quatre centrales électriques au mazout et une raffinerie pouvant traiter 10 000 barils de pétrole par jour. Caracas va aussi augmenter le financement de la coopération médicale cubaine à Haïti afin de l'étendre à toutes les communes du pays.

Jean-Michel Caroit
Article paru dans l'édition du 12.05.07

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